Sonnet 05
Ces heures, qui par
gentil travail formèrent
la merveilleuse vision
sur laquelle tout oeil
est fixé, elles joueront
les tyrans sur cette
chose-là même, à faire
laid ce qui bellement
excellait.
Car le temps jamais en
repos conduira l'été
jusque dans le hideux
hiver et l'anéantira :
sève durcie du gel,
feuilles belles
éloignées, beauté
dessous la neige, et
partout nudité.
Alors si la distillation
de l'été n'avait laissé
un prisonnier liquide
entre des murs de verre,
la vertu de beauté comme
la beauté même en rien
ne serait plus, ni elle
ni aucune image de ce
qui fut.
Mais les fleurs
distillées, bien
qu'abordant l'hiver, ne
perdent qu'apparence, et
purement subsiste encore
leur substance.