Prends toutes mes amours, mon
amour, va, prends-les toutes :
qu’auras-tu donc de plus que ce que
tu avais d’abord ? Il n’est pas
d’amour, mon amour, qui
m’appartienne réellement. Tout ce
qui est à moi était à toi, avant que
tu me prisses cela encore.
Si tu comprends mes affections
dans mon affection, je ne puis te
blâmer, car tu disposes de mon
affection ; mais sois blâmé si tu te
trahis toi-même en goûtant
complaisamment de ce que toi-même tu
réprouves.
Je te pardonne ton larcin, gentil
voleur, bien que tu fasses main
basse sur tout mon pauvre avoir ; et
pourtant l’affection sait que c’est
une plus grande douleur de subir
l’outrage de l’affection que
l’injure prévue de la haine.
Ô grâce lascive qui donnes du
charme au mal même ! Va, tue-moi de
dépit ; nous ne pouvons pas être
ennemis.
Trad. de François Victor Hugo
Les
poèmes de Shakespeare en
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